Le Jardin de L’Hermitière
Lorsque nous avons franchi pour la première fois le porche de l’hermitière, nous sommes arrivés dans une grande cour. A première vue rien ne nous attirais dans ce lieu. Inerte, minérale et sans bruit, cette cour ne nous attirait par particulièrement.
Mais au fil de la visite, nous sommes arrivés face à un grand espace entouré d’un mur d’enceinte en pierre. A la vue de cet espace clos j’ai tout de suite su que le projet de jardin que j’avais en tête pouvait prendre forme à cet endroit.
Issu d’un ancien ensemble de dépendances d’un château, le jardin de l’Hermitière s’étend sur un peu moins d’un hectare. Depuis mes débuts dans le métier j’avais pour projet la création d’un espace me permettant de produire notre alimentation, d’observer le végétal et de recréer des espaces vivants et accueillants pour les insectes et les animaux. Après la première visite, nous avons été séduit par le site et nous avons pris possession de ce nouveau lieu ou tout était à faire.
Créer un jardin à partir d'un lieu presque nu
A l’exception de quelques vieux arbres fruitiers le terrain était nu. C’était à la fois grisant d’avoir tout cet espace disponible mais aussi un peu impressionnant. Comment assembler mes idées et nos besoins pour les faire tenir dans cette surface qui se tenait devant moi. Différentes versions de plans et de projets se sont échelonnés au fil des années et de mes réflexions. Je n’avais pas envie de figer l’ensemble dans un projet complètement abouti. J’avais besoin de temps, je cherchais à comprendre.
Nous avons emménagé en Février 2009 et dès l’été suivant nous dégustions les premiers légumes issus de cette nouvelle terre. L’hiver 2010 a vu les premières plantations d’arbres prendre racines dans le jardin. Les années suivantes ont permis de compléter et de continuer le travail de végétalisation engagé en me basant sur des essences locales et une diversification des strates.
Observer les changements au fil des saisons
Au fil des années le jardin s’est épanoui, les arbres ont grandi et j’ai pu les suivre à chaque saisons. A plusieurs reprises j’ai été surpris par ce que je pouvais observer. Je pratique aussi la photographie et j’ai l’habitude de débuter les nouvelles années par une série de photo le 1er janvier. Depuis 2015 je note que plusieurs espèces sont en fleur à cette date. Des pâquerette, des rosiers, des sauges… des espèce qui fleurissent normalement au printemps. C’était complètement improbable !






Comprendre le changement climatique pour anticiper
La récurrence de ces observations m’a vraiment perturbée et donné la confirmation concrète que le monde dans lequel j’avais l’habitude de vivre était déréglé. J’ai commencé à m’intéresser de plus près au sujet en commençant par lire les premiers rapports internationaux du GIEC et à m’intéresser aux travaux scientifiques.
Des déclinaisons régionales sont ensuite apparues autour des années 2020 et m’ont permis de mieux cibler les futures conditions dans lesquelles nous allons être amener à vivre dans les prochaines années. Le constat est clair, nous devons réduire nos émissions de 80 % en 2050 pour atteindre la neutralité carbone et éviter le scénario d’un monde à + de 4 °c de réchauffement qui serait invivable. La tâche paraît ardue mais si l’on prend le chemin à parcourir par an cela représente une réduction de 5% par an.
La neutralité de nos émissions de CO2 ou dit autrement de nos usages et dépendance aux énergies fossiles à pour but d’éviter un monde invivable pour les générations futures à l’horizon de la fin du siècle.
Par contre, même si nous agissons dans le bon sens, les effets en cours ne s’arrêteront pas pour autant et ce que nous avons commencé à vivre ces dernières années doit être considéré comme une norme pour les décennies à venir.
Concrètement qu’est ce qui nous attends ? Ce que les différents rapports du GIEC nous expliquent, c’est que le réchauffement de l’atmosphère génère une augmentation et une intensification des phénomènes extrêmes.
Des vagues de chaleurs très fortes provoquant des sécheresses plus longues le tout engendrant des incendies dévastateurs. Des tempêtes hivernales beaucoup plus fréquentes et plus intenses entraînant des inondations importantes et destructrices. .
L’augmentation de la température planétaire réchauffe aussi les océans et les hautes chaînes de montagnes. Les glaces polaires et les glaciers d’altitude fondent. Le niveau des océans monte et les réserves d’eau potable se réduisent dans les régions qui dépendent des glaciers.
Ces phénomènes planétaires nous ont longtemps parus lointains, mais depuis une dizaine d’années ils nous touchent concrètement et physiquement.
Les plantes et les animaux ne sont pas en reste et sont aussi très impactés par ces bouleversement. Le changement climatique arrive en troisième position dans les causes de disparition des êtres vivants.
Des changements climatiques aux bouleversement du jardin
Ce que j’ai pu observer pendant cette dernière décennie, c’est les brutaux changements météorologique dans des laps de temps très court. Ces phénomène ne sont pas sans conséquences sur la phénologie des plantes.
L’autre observation révèle une tendance qui fait quasiment disparaître le froid saisonnier, intensifie les précipitations hivernales et l’augmentation des températures estivales. De forts contraste se créés sur les sols qui se trouvent êtres complètement engorgés l’hiver et totalement sec l’été. Quand on aligne tous ces paramètres ont s’aperçoit vite que l’équation ne va pas être simple à gérer. La vie en général peut s’adapter à des changements et des modifications mais sur un temps long. Ce que nous vivons actuellement comme modifications se trouve être dans un temporalité très courte.
Comment des plantes qui se sont adaptées à supporté une légère tolérance à l’hydromorphie et une faible tolérance à la sécheresse vont-elles pouvoir passer à des conditions aussi contrastées qu’un engorgement hivernale prolongé et une sécheresse sévère ?






Adapter les jardins au climat de demain
Naturellement c’est quasiment pas possible. Ce constat nous amène à nous questionner sur ce que l’on nomme la migration assistée. Où comment remplacer des espèces qui étaient adaptées à un climat particulier par d’autres qui pourrons supporter les conditions qui nous attendent. Ce champs de pensée est complexe et divise les acteurs de la profession.
Mes réflexions autour du sujet ont engendrée ces interrogations :
Comment créer un jardin qui restera productif et agréable dans 20 ou trente ans ?
Quels arbres planter aujourd’hui seront capable de résister au climat de demain ?
Comment retenir et gérer l’eau sur une parcelle sans la défigurer ?
Le jardin de l’Hermitière m’avait jusqu’à présent servit de lieu de test et d’expérimentation, mais je devais l’admettre, il était aussi temps de penser à le faire évoluer pour qu’il soit plus robuste face au climat de demain
De l'expérimentation au voyage
Cette réflexion nécessitait une prise de recul et de distance. C’est dans cet état d’esprit que j’ai entrepris le projet d’un échange outre-atlantique pour aller à la rencontre de confrères paysagistes et arboristes et voir comment ils percevaient le changement climatique et quelles actions étaient mise en place pour adapter leurs lieux de vie.



















