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Cap à l’Ouest : à la découverte des paysages du Pacifique

Après un mois et demi dans le northern des Etats-unis nous avons pris la direction de la côte ouest.

Nous avons atterri dans l’Oregon à Portland en cette chaude journée de juin. Nous sommes partis sous la moiteur estivale du Massachussets, 34° avec un fort taux d’hygrométrie. A l’arrivée dans l’Oregon nous avons eu droit à un magnifique coucher de soleil sur une montagne toute enneigée (pour rappel, on est en juin). Le lendemain nous avons pu observer cet immense cône blanc, dominant l’horizon Est de la ville. Nous avons appris qu’il s’agissait du Mount Hood. Portland se situe sur la chaîne des Cascades, qui compose la ceinture de feu du Pacifique. Les volcans sont donc assez fréquents dans la région. Un des plus connus est le Mount St Helen. Sa dernière éruption, datant de 1980, a provoqué la mort de 57 personnes et fait de nombreux dégâts autour.

Portland, Pionnière de la gestion intégrée des eaux pluviales

Nous avons organisé notre passage à Portland pour plusieurs raisons. La ville est très avancée dans sa gestion intégrée des eaux pluviales et plus globalement dans la gestion réfléchie et durable de son urbanisme. Notre amie Margot, qui vit dans l’Oregon, a envoyé un message dans ses réseaux pour annoncer notre arrivée dans la région. Cette démarche nous a permis de rentrer en contact avec différentes personnes de l’OSU (Oregon State University). Parallèlement nous avons pris contact avec les responsables de projet des « green streets ». Nous avons eu une réponse favorable de la part de deux architectes paysagistes que nous avons pu rencontrer le temps d’un déjeuner. Elles ont été très enthousiastes et nous ont fourni de nombreuses sources et documents.

Ce type d’ouvrage est encore assez récent et ce que nous avons pu observer jusqu’à présent relevait de petites surfaces accompagnées de beaucoup de communication. Ce que nous avons pu observer à Portland est d’une tout autre échelle. La ville a vraiment mis les moyens pour faire évoluer ses rues. Le résultat se traduit par des bandes végétales accompagnant les trottoirs. Ces espaces sont tous plantés d’arbres. On peut distinguer différents aménagements : fosses continues, jardins de pluie, arbres de pluie, fosses de Stockholm. Chaque aménagement vient en continuité des jardins privatifs. Le résultat est très hétérogène mais très vivant et procure un bien-être indéniable. L’ampleur du travail est très impressionnant car la ville a entrepris ces travaux sur 2000 rues selon une étude canadienne de 2005. En plus du ressenti visuel, qui donne la sensation de se déplacer en permanence dans un parc, les résultats sur la régulation des eaux pluviales sont impressionnants. Grâce à cette politique et ces ouvrages,  les eaux de ruissellement sont freinées et filtrées. Il faut quand même préciser que cette initiative provient d’une sanction de l’Etat de l’Oregon contre la ville pour pollution des eaux de la rivière Willamette. La réponse apportée a été à la hauteur des enjeux.

Le second effet de cette trame verte qui serpente dans la quasi totalité de la ville, c’est la régulation des fortes chaleurs. Le réchauffement climatique n’épargne pas l’Oregon et les vagues de chaleur y sont plus fréquentes. La canopée créée par cet ensemble de rues et des parcs atténue les effets de ces extrêmes climatiques.

Ce qui est aussi très intéressant dans l’ouest des États-Unis c’est le climat très contrasté. L’automne, l’hiver et le printemps sont très humides et les étés chauds et secs.

Notre rythme de vie à Portland a été ponctuée par notre travail quotidien, nos rencontres et la visite des parcs de la ville. En préparant nos visites, on ne pouvait pas passer à côté du Forest Park. Quand on regarde une carte on y voit au nord-ouest une immense surface forestière (2000ha) aux limites de la ville. La visite de ce parc nous a permis de prendre contact pour la première fois avec la flore de la côte ouest. En passant, petit clin d’œil à la famille Olmsted, qui a œuvré jusqu’ici. Le neveu de Frederick Law Olsmsted a contribué à la réalisation de ce parc.

C’est un véritable changement avec la côte Est. La végétation est toute recouverte de briophyte et de Lichen.

A la découverte des arbres de la côte Pacifique

Juste à côté du Forest Park, il y a le Washington Park. Il s’agit d’un vaste espace vert qui regroupe une roseraie, un jardin japonais, un zoo et surtout l’Hoyt Arboretum. C’est sur ce dernier que nous nous sommes concentrés. Nous avons pu rencontrer les arbres qui composent la flore forestière de l’ouest américain: Acer macrophyllum, Pinus concorta, Cornus nuttallii, Arbutus menziesii…

Ecola state park

Les journées d’été dans l’Oregon peuvent parfois être torrides et les températures atteindre les 40°C. Nous avons pu goûter à cette fournaise sur la deuxième quinzaine de juillet. Pour y échapper nous avions repéré que les prévisions sur la côte étaient plus tempérées. Nous sommes donc allés à Cannon Beach où se trouve l’Ecola State Park. Cette visite fut la première incursion sur le territoire du cougar (Puma) et dans les Westen Pacific Forests. Ce biotpe s’étend du nord de la Californie jusqu’au sud de l’Alaska. Principalement recouvert de conifères (Tsuga heterophylla, Sequoia gigantea, Pseudostuga menziesii, Thuya plicata). Selon la densité des arbres, la luminosité des sous-bois peut être assez faible. Seules les fougères (Polystichum munitum) sont capables de se développer dans ces conditions.

Avant de s’engager sur le sentier il est impératif de bien lire les consignes de sécurité. Cependant le risque était relativement faible vu la saison et la fréquentation du sentier mais on ne sait jamais.

Nous nous avons marchés sur un sentier pour rejoindre une plage situé à 45 min de marche. Nous avons serpenté parmi les pruches (Tsuga heterophylla) jusqu’à atteindre l’océan Pacifique en contrebas.

Au passage nous avons pu observer de belles formations racinaires.

Redwood national park

Dans la continuité de cette thématique des forêts de la côte Pacifique, nous sommes descendus en Californie du Nord à Klamath, en territoire Yurok. Il nous a fallu 6h de route pour atteindre la région. De la chaleur torride de Portland nous avons trouvé à notre arrivée une fraîcheur et une humidité qui nous ont un peu surpris. 39°C au départ et 18°C à l’arrivée, le contraste était saisissant. Le trajet nous a fait circuler parmi des grands espaces boisés où les marques du réchauffement climatique sont bien visibles. D’immenses surfaces sont brûlées et dénudées. Les gigas feux sont désormais un phénomène courant et s’intensifient tous les ans. Même si les forêts ont besoin du passage du feu pour se renouveler, les incendies à répétition sur des cycles beaucoup plus courts deviennent problématiques et menacent les écosystèmes de la région.

Les représentants les plus emblématiques de la Californie sont les Redwoods (Sequoia gigantea et sempervirens). Le climat très humide et doux offre des conditions parfaites à leur développement. L’océan Pacifique nord apporte une fraîcheur et une humidité permanente. Les masses d’air viennent s’accrocher sur les reliefs de la côte et se condensent pour former d’épais brouillards. Les séquoias ont développé la capacité de capter cette humidité ambiante pour leurs besoins en eau. C’est pour cette raison qu’il est possible d’observer les plus grands arbres du monde dans cette région. L’intérêt botanique de cette visite a bien évidemment été de pouvoir observer ces monuments, mais aussi de noter quelles essences arbustives se développaient en sous-bois. La bonne surprise est venue du fait qu’une partie de ces arbrisseaux produisent des petits fruits comestibles ( Vaccinium). Certains de ces arbustes font déjà partie de la palette végétale que j’utilise, mais d’avoir pu les observer en milieu naturel a été très instructif.

Se trouver au pied de ces géants est une expérience très intimidante et nous ramène à notre place de petits êtres fragiles juste de passage. Ce qui a été aussi très enrichissant et instructif c’est d’avoir pu observer comment les vieux arbres étaient indispensables au renouvellement de ces forêts et comment la mort était une part essentielle à la vie et au renouveau.

Le jardin comme outil de transmission et de solidarité

Bien rafraîchis par notre séjour en Californie, il nous restait une petite semaine à Portland. Nos avions rendez-vous avec deux autres personnes.

Angel Hammon est responsable du Growing Garden à Portland. C’est une association qui travaille autour de la transmission des savoir-faire du jardinage vivrier.  Devant le constat qu’une grande partie des travailleurs saisonniers qui contribuent à produire des fruits et légumes de qualité n’y ont pas accès eux-mêmes. L’association propose des formations pour apprendre à cultiver et produire des légumes et des fruits frais avec des méthodes naturelles et respectueuses. Une partie du programme utilise le jardin comme lieu de thérapie et de convalescence. Le jardin que nous avons visité mélange tous ces objectifs et semble y répondre à la perfection. L’échange avec Angel a été très convivial et instructif.

Portland Food Forest : redonner une fonction aux espaces verts

Le deuxième rendez-vous avant de quitter Portland nous a fait rencontrer Dan Sloan, le directeur de l’association Portland Food forest Initiative. Nous sommes allés visiter le Fargo Food Forest et une autre forêt jardin chez des particuliers. Nous avons pu échanger sur nos pratiques respectives de taille de fruitiers et sur l’importance de transmettre ces compétences pour redonner de l’autonomie aux citoyens.

Oregon State University

Après un détour par l’Olympic Park où nous avons complété nos observations des forêts côtières avec la rencontre des Western Red Cedars, plus communément appelés Thuya plicata. Ce qui a été intéressant dans ces différents trajets c’est de noter l’évolution des communautés d’arbres dominants en fonction des latitudes. Redwod pour le nord de la Californie, Tsuga pour l’Oregon, Thuya et Douglas dans l’État de Washington et la Colombie Britannique au Canada.

Notre présence à Corvallis avait pour but de connecter avec l’Oregon State University. L’information de notre venue dans cette région de l’Oregon a été vue par Aubine Zaro. C’est une étudiante Américano-Française qui s’est portée volontaire pour nous faire visiter l’université et rencontrer les personnes susceptibles d’être intéressées par notre projet. Nous avions rendez-vous à l’Organic Grower Club. Il s’agit d’un centre d’expérimentation où le club des jardiniers étudiants peut se retrouver pour apprendre à cultiver et produire des légumes. Sur le site, des équipes de scientifiques étudient et testent différentes problématiques, dont une qui nous intéressait particulièrement autour des plantes horticoles mellifères.

Cette rencontre m’a montré l’intérêt de croiser les connaissances issues du terrain avec celles de la recherche et de l’expérimentation.

L'île de Vancouver

Après 90 jours passés au États-Unis, durée maximale autorisée sans visa, nous avons pris la direction du Canada vers Vancouver, et notamment l’île de Vancouver. La Colombie Britannique connaît aussi le même climat que la Californie et l’Oregon.

Elle accueille les dernières forêts côtières de Douglas, qui malheureusement, ont payé un lourd tribu suite à l’installation des premiers colons. Nous avons visité un lieu qui préserve et étudie ce biotope rare et précieux: le Milner Garden and Woodland. Situé à une petite heure de route au nord-ouest de Nanaimo, ce magnifique jardin de style purement anglais accueille de belles collections de Rodhodendrons et d’orchidées. Entouré de 24 ha de forêt de Douglas, il est protégé des aléas climatiques. Du haut des falaises il domine le passage intérieur où l’on peut observer la présence des baleines entre avril et octobre. Nous avons pu y observer de belles ambiances de sous-bois et en apprendre plus sur les plantes bio-indicatrices locales. Contrairement à ce que l’on pourrait attendre de cette région très arrosée, de nombreuses plantes n’aiment pas l’humidité stagnante. C’est le cas pour le Douglas, la Gaultheria shallon et le Mahonia nervosa. En sinuant le long des sentiers on pouvait différencier les zones plus humides colonisées par les Thuya plicata et les Polystichum munitum tandis que les zones sableuses se différenciaient par la présence des Douglas et des Salal (Gaultheria shallon).

La visite du jardin nous a permis aussi de nous inspirer des magnifiques ouvrages en bois brut. Ce qui m’a particulièrement intéressé ici, c’est de voir comment les plantes permettent de lire les conditions du sol.

Fin du périple

Retour à Montréal, la boucle est bouclée. Il nous restait quelques jours avant de rentrer et nous en avons profité pour aller voir comment la ville avait avancé sur son programme de rues vertes. L’ironie du sort c’est que la veille de notre arrivée la région du Québec a connu de grandes inondations qui ont causé pas mal de dégâts. La gestion des eaux pluviales est un souci majeur pour la ville, qui ressent le changement climatique de manière importante avec un radoucissement des hivers et des pluies plus intenses. A la différence de Portland où le programme de végétalisation des rues est porté par la ville depuis le début, à Montréal la ville a été à l’initiative mais a mis à contribution les riverains qui se sont chargés d’effectuer les travaux de désimperméabilisation et de plantation.

Nous avons aussi été visiter le parc du Mont Royal, où la ville tente de régénérer les sous-bois et d’éviter la détérioration par les passages des usagers. Problème complexe à résoudre quand la démarche n’est pas portée et comprise par l’ensemble des acteurs et des usagers d’un lieu.

Ce que j'en retiens

Ce qui ressort principalement de la première partie du voyage c’est le travail autour du végétal local que les différents acteurs que nous avons rencontrés ont entrepris, et la ferveur et l’engouement qu’il développent pour la protection des ces végétaux. En s’inspirant de ce que nous avons pu voir, la première mise en pratique que j’ai mise en place, c’est l’intégration directe de plantes sauvages dans la composition de départ.

La seconde partie du voyage nous a permis d’observer et de comprendre les techniques utilisées pour la gestion intégrée des eaux pluviales. Ces ouvrages ont aussi un intérêt majeur dans la réduction des îlots de chaleur. L’étude et l’observation des biotopes forestiers de la côte Pacifique a été très instructive pour approfondir les connaissances sur les conditions de croissance des strates arbustives, notamment pour les arbustes à baies comestibles. Au retour en France, il m’a fallu du temps  étudier, lire et interpréter toutes les informations que nous avons recueillies pendant ce périple. Maintenant il est temps de passer à la phase de mise en pratique dans les projets.

Ce voyage a été fructueux en terme d’échanges, d’apport de connaissances et de prise de recul vis-à-vis de ma façon de penser et de travailler. Je reste en contact avec les différentes personnes que nous avons rencontrées et le projet se poursuit en France et en Europe. 

Découvrez aujourd’hui ma démarche et mes propositions d’accompagnement